01 avril 2017

Comment Manuel Valls a tué Hamon, Mitterrand et le PS d'un coup


C'est une histoire qui commence en 1971. Congrès d'Epinay. Francois Mitterrand réussit à agréger à la SFIO, la section française de l'internationale ouvrière, le parti de Jean Jaurès, sa propre organisation , la  petite Convention des Institutions Républicaines, mais aussi des radicaux-socialistes, des micros partis de gauche, et des militants chrétiens.  Une auberge espagnole se moque-t-on à l'époque. En réalité la  naissance d'une famille politique capable de rivaliser tant avec la droite française encore imprégnée de l'empreinte gaulliste, et le puissant Parti Communiste Français, qui a la sortie de la guerre domine la gauche française de la tête et des épaules. La conquête du pouvoir va durer 10 ans.  Le PS fonctionne comme un agrégateur de flux : la compilation de sources multiples  permet de ne rater aucune tendance et de voir plus large. En 1974, il ne manque pas grand chose pour battre Valéry Giscard d'Estaing. L'union de la gauche, une percée aux législatives de 1978, le PCF s'affaiblit et le PS croît.  Mai 1981,  Francois Mitterrand est élu président de la république. C'est l'alternance. Et si on excepte la période d'union nationale autour du général De Gaulle à la sortie de la seconde guerre mondiale, la première fois en cinquante que la gauche française accède au pouvoir. 


Nous sommes en 2017  la  famille socialiste française se déchire. Elle a un candidat officiel, Benoit Hamont, désigné par les primaires. Elle a un candidat parasite, Emmanuel Macron, qui, depuis le début, a  décidé de se présenter en marge du parti. Quand cette candidature hors appareil reçoit le soutien de députés,  d'anciens ministres,  et pour finir de Manuel Valls, lui même candidat à la primaire et donc signataire d'une promesse de ralliement derrière le vainqueur,  signifie bien que le Parti Socialiste Français est un train d'imploser. Plus il y aura de ralliement de poids autour d'Emmanuel Macron moins le parti aura de raison d'être. 



La grande force de Francois Mitterrand était  de faire la synthèse. Couvrir un spectre qui allait des centristes au Parti Communiste. Avoir à la fois la nouvelle gauche de Michel Rocard et la gauche ouvrière de Pierre Mauroy. Le socialisme des grands idéaux de Robert Badinter, et celui de la proximité avec Gaston Deferre . Cela n'avait pas que des qualités. Il y avait des tendances, des courants, des soubresaut, des expulsions parfois,  et surtout des combats d'éléphants. Il y avait le caractère énigmatique de Mitterrand, ambigu, séducteur, manipulateur. On ne disait pas toujours toute la vérité, mais le système avait le mérite de rassembler. Aujourd'hui le PS ne rassemble plus, il divise. Conséquence : il est dépassé à la fois sur sa gauche et sur sa droite.  La leçon ne vaut pas que pour le PS français. Tout parti politique est un outil qui n'a de sens que s'il vise la victoire électorale, sinon mieux vaut s'investir dans un  club de réflexion. C'est tout à fait respectable mais ce n'est pas le même objet. La pensée est un exercice individuel. La conquête du pouvoir une démarche collective. Ceux qui veulent retrouver une pureté de ligne au mépris du nombre et en excluant tout ralliement sont  de ce  point de vue aussi fautifs que ceux qu'ils accusent de dérive droitière. L'exercice de la démocratie suppose de convaincre l'autre par l'argument, les écrits ou la parole. Cela conduit à parler large et admettre le compromis. La pureté idéologique est un mythe révolutionnaire, tendance Danton, pas une réalité démocratique, surtout dans un pays de 60 millions d'habitants. 


Manuel Valls en poignardant Benoit Hamon assassine donc François Mitterrand.  Après 50 ans de durée de  vie, le PS est devenu simple mortel. Logique, prévisible. Depuis 2002 on sait que la présence de la gauche  au second tour n'est plus acquise. Que dans une société atomisée, en proie au doute, au chômage ou au déclassement social,  la réponse social-démocrate ne paraît plus suffisante ou pertinente. Pas assez différente du simple statuquo conservateur. Que Manuel Valls  signe un triple meurtre symbolique  (Hamon, Mitterrand et le PS) et repique vers le centre, c'est son droit. Il est en revanche plus grave  qu' un premier ministre, ancien ministre de l'intérieur déchire ses propres engagements. Bafoue des  règles qu'il s'était  engagé à respecter. Plus on martèle une promesse d'un ton martial moins elle est donc crédible. La démonétisation de la parole politique atteint son paroxysme. Par ces temps de populisme c'est  criminel. 


2 commentaires:

Hubert Duval a dit…

Tout ceci est excat et je rejoins ton propos à deux nuances près : la SFIO avait accédé au pouvoir en 1956 (Mollet, ah Mollet, et c'est à cela peut-être que ressemble le plus ...Valls, le pauvre); et je dirai que la pureté idéologique est plus du côté de Robespierretque de Danton. Et aboutit aussi à un exercice du pouvoir problématique....
Bien à toi, cher Fabrice
Béru

Fabrice Grosfilley a dit…

Merci Hubert pour ce commentaire... Danton j'assume : un pur croise toujours la route d'un plus pur ...
pour Guy Môquet, tu as bien raison de me reprendre. La preuve qu'un journaliste a toujours à gagner de la relecture d'un historien :)
Amitiés